L’ensemble (1)

La syllabe

Le mot est constitué d’une ou plusieurs syllabes.
La syllabe est constituée
– du couple SS+CC, le SS étant soit une VV soit un SS neutre
– d’une voyelle isolée.
La syllabe n’est pas la suite CC+SS, mais la suite SS+CC. Le SS précède toujours la CC qu’il propulse.
La division en syllabes de la phrase : Wiq-d asfru s tqobailit prononcée d’une traite donne : W.iq.d.as.f.r.us.t.qo.b.ai.l.it1
A signaler qu’un mot ne finit jamais par un SS neutre (sukun). C’est un non¬sens car, à la différence des voyelles, le SS neutre n’a pas d’existence propre, il sert juste à véhiculer les CC non soufflées par une VV.
Division des mots en syllabes
afud          af.ud
Byait         b.y.aj.t
azoarif      azo.ar.if
sorima     so.r.im.a
taqobailit t.aqo.b.aj.l.it
tiziri         t.iz.ir.i
izouran    izo.ur.an
Jidir         j.id.ir
azrm         az.r.m
tiqmrt      t.iq.m.r.t
Phrases prononcées d’un trait
alama Rzon ‘accivn nsn                    al.am.ar.zo.n.v.acc.iv.n.n.s.n
i Txmmimn ad Rrn adoar                ito.x.mm.im.n.ad.rr.n.ado.ar
d imksaun ito Ixldon                        d.im.k.s.av.n.ito.ix.l.do.n
kul va d ansi -d Ihloli                       k.ul.v.ad.an.s.id.ih.l.l.i
a imma Fudq a v Isvan                    aj.mm.af.ud.q.av.is.v.an
si tala Ibna urumi                             s.it.al.aj.b.n.av.r.um.i
Division du mot en prononciation
Si dans l’écrit le mot est une suite de syllabes, dans l’oral il y a non pas des syllabes, mais des « temps ».
Etant une affaire de prononciation, le nombre de temps dans un texte (ensemble de mots) peut changer selon :
– qu’un SS neutre est « prononcé » ou non, en particulier les SS de DM et de FM. En « prononçant » un SS neutre on en fait un temps complet : la CC DM n’est plus soufflée par la VV FM du mot précédent, mais par un SS qui lui est dédié.
– qu’une VV FM est éclipsée ou non au profit de la VV DM du mot suivant
– qu’une VV est consonnisée ou non dans l’oral : (dans « dain Ifur dain Irdm (sksu n’irdn)« , c’est grâce à la consonnisation du i de Irdm que le vers arrive à faire 7 temps2. Si on lit d’une traite sans prononcer le SS de FM de dain, et sans consonniser le i de Irdm, le vers aurait un temps en moins, en prononçant [dainirdm].
L’ensemble est bien sûr régulé par la vitesse de lecture : quand on parle vite il arrive que les SS neutres en DM et en FM ne soient pas prononcés et ne donnent donc pas lieu à des temps.

Rimes et temps

La poésie utilise un ou plusieurs des points cités précédemment pour ajuster les temps.
abrid Iryln as Nrzo asalu
diinq v Ievgn at i-d Nslhou
tamurt Ietbn as Nkks asaylu
amcum q Ickkbn assn atn Iru
Il est d’usage d’ajouter un temps en « criant » i et u avec la VV « a » [aj, av] : fllak i Rviq lmhan [aj Rviq…]
Un temps est ajouté, car le i, une fois transformé en CC, ne servira plus à soufler la CC qui le suit, CC auquelle on attribuera donc un SS neutre.
La VV joue un rôle primordial dans la rime :
– située en fin de mot, elle constitue la rime, indépendamment de la CC qui la précède : a Nshsab Nrnnu – di’ass i Ntaryu
– si par contre le vers finit en CC, la CC en question doit être propulsée par le même SS pour rimer (a, i, u ou SS neutre).
si tmurt armi d Lpari
Rviq imdti
Dolbq di saddat smah
Vhomn ako dii lqaci
Rvan atsqosi
ac i d sbbak n ruah3
siva jivn am nkkini
i Cjjbnt lmhani
umi Mliq lxbar n soh3
– la rime tolère une CC plus ou moins parente (m-n par ex.), mais pas un SS différent.
– si la CC FM est soufflée en neutre la rime doit se faire sur la même CC soufflée en neutre.
A noter que la rime en e peut accepter a si « e » est prononcée « en kabyle » :
Tuqaldoii am lmdfe
ain ik-d Fkiq Ikfa
Elle tolère qu’une CC soit insérée entre la CC qui fait la rime et la VV qui la précède (tamurt/tamdtut) :
idrimn d Rbbi itn Ieuzzn
Ezizit di jal tamurt
Hmmlntn mrra mddn
aqorur aryaz tamdtut
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1. Remarquer que i (ai) de « tqobailit » ne souffle pas la CC « l« , étant consonnisée par la VV « a« .
2. Remarquer aussi que le SS de la CC FM du mot précédent (dain) est prononcé. Ce qui ne serait pas le cas en lecture rapide.
3. lxbar n soh : le SS neutre de la CC FM h est tellement « prononcé » qu’il rime avec le a de ruah, dans la ligne précédente
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Doublement-compression

En règle générale on ne double pas la CC DM, même si dans l’oral elle est comprimée.
La CC DM est doublée dans les VB mono¬consonne : Bbi, Ddu, Ffi, Kk, Rr, Ssu, Zzi, Zzu, Zzou. Et ce dans toutes les déclinaisons. Elle est doublée aussi dans nniy ddav mmi nni nnq
Les non-doublables
Une CC doublée en écriture se prononce comme une même CC comprimée. Donc propulsée par le même souffle. C’est une règle générale qui a ses exceptions.
Certaines CC, quand elles sont doublées en écriture, ne se prononcent pas comme une même CC comprimée : elles donnent lieu à deux CC distinctes, ceci quelle que soit leur position dans le mot
co, dt, go, qo, to, w ne se doublent pas pour le même son, elles sont elles¬mêmes le résultat d’une compression1.
do   se comprime en  dt    et non en   dodo
ho   se comprime en  hh   et non en   hoho
q     se comprime en  qo    et non en   qq
so   se comprime en  sso   et non en   soso
v     se comprime en  w      et non en   vv
zo   se comprime en  zzo   et non en   zozo
Les greffons et les implants (de NN ou de VB) ne s’écrivent pas sous la forme d’une CC doublée, même si la tradition orale les comprime en prononciation. On n’écrit pas Nttavi (nous prenons) mais Ntavi, Ntmuqoul…)
On ne double pas dans…
timuhqoit : aucune raison de doubler (amhqoi)
iqaln (et non iqalln) : la CC non doublée au singulier n’est pas doublée au pluriel
– Quand deux CC identiques sont séparées par une voyelle ou un SS neutre, on ne double pas : ilol ifilols asmnoni, talalit…

 

On écrit… … et non
dada baba nana…* dadda nanna aucune raison de doubler
cicu xuxu mumu fufu didi qoaqoa xixi ciccu fuffu mummu aucune raison de doubler
jnajr jnnajr jn + ajur
tiruyza tidrvct tidrqlt… tirruyza tiddrvct aucune raison de doubler
ifasn tiqmar ifadn idoarn… ifassn tiqmmar ifaddn idoarrn afus tiqmrt afud : CC non doublée au singulier
Lzair Lzzair aucune raison de doubler
Hloli Znoni ilol Mloli Mnoni ifilols… Hlolli Znonni Mlolli 2 CC identiques séparées par un SS neutre
can zit cita trbia… ccan zzit ccita CC «solaires » en DM
Mutq Tmutdo… Mmutq Tmmutdo aucune raison de doubler
Suliq Itudolm… Ssuliq Ittudolm Les greffons ne se doublent pas
Trvi Tbrvi Tbbrvi Les implants ne se doublent pas
* dans mmi imma illi issi… la compression est normale. Dans le langage enfantin on a aussi bubu (ibavn) et bubbu (tabbuct), à ne pas confondre
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1. Remarque : si dans Iccur, Iwi, Iqol la compression permet de simplifier, dans Iucar, Iiwi, Iuqal (2 formes d’un même VB), l’ajout dune VV permet de contourner la compression.
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Surcompression des consonnes

En prononciation, les CC c j s t z sont parfois sujettes à «surcompression », surtout quand elles sont soufflées à vide. Pas toujours quand même : amzzouq ibccan bzzaf Bzzoe Fzzo.
c peut être surcomprimée : on dit iccv (la corne) mais coina (orange), coir (ballon), lco (la sciure de bois), Kcm Kccm (entrer)
j peut être surcomprimée : Qojjl (siester) Cjje (envoyer), Bjjn, Fjjdo
s peut être surcomprimée : Fsi Fssi, Fsr Fssr, Xssr Hssb
z peut être surcomprimée : tirzzaf taezzult, Bzzr Yzzm
t peut être surcomprimée : timtti aqottun, ntta nttat
Consonnes surcomprimées dans les verbes
C : Hcu-Hccu , Kcm-Kccm , Krcoci-Tkrcoci , Luccx-Tluccux , Kcf-Kccf , Fcl-Fccl , Acar-Iccur
J : Bjjn-Tbjjin , Cjje-Tcjjie , Gjjh-Tgjjih , Hjjf-Thjjif , Hojji-Thojji , Qojjl-Tqojjil , Dojjr-Dtjjir , Mjjl-Tmjjil , Ejjd-Tejjid , Ejjb-Tejjib , Sjjf-Tsjjif , Sjjx-Tsjjix
S: Fsi-Fssi , Fsr-Fssr , Fsu-Fssu , Fsx-Fssx , Hsb-Hssb , Ksb-Kssb , Xsr-Xssr , Xsi-Xssi , Xsf-Xssf
V : Cwho-Tcwiho , Cwl-Tcwil , Hovu-Howu , Howl-Thowil , Hvc-Hwc , Hvi-Hwi , Hvs-Hws , Zvir-Zwir , Izviq-Zwaq , Avdo-Iwdo* , Ilviq-Lwaq , Avi-Iwi1
Z : Bzr-Bzzr , Bzy-Bzzy , Hzm-Hzzm , Hzn-Hzzn , Mzi-Mzzi , Yzr-Yzzr , Yzm-Yzzm , Ezl-Ezzl , Rzf-Rzzf , Rzu-Rzzu
* Dans certaines régions la surcompression de «v» est contournée par l’ajout d’une VV : on dit Iivdo, Iivi [jivdo, jivi] au lieu de Iwdo Iwi.
Durcissement des consonnes
Dans certaines suites (lg lz ly mb mv nd ndo ng nz nk nt ny) la 2ème CC peut être prononcée dure sauf si la première (l, m, n) est comprimée1lgavi lgame Lzair
– après n (sauf si n est comprimée), do peut se prononcer dt : Ndorrq, Itmndoar , tandolt (pour tamdolt)
– après m, v peut se prononcer w : Mvat, Mvxxar
C’est en vertu de cette règle que dans certaines régions de Kabylie le n des NN féminins en __nt n’est pas toujours prononcé : on se contente du durcissement du __t, qui en révèle l’existence. Ainsi taqogunt peut être prononcé taqogut
– Dans certaines régions le mot ajur est prononcé [ayur]. Le durcissement du j en y est dû à l’habitude qu’ont les Kabyles de comprimer inconsidérément les consonnes. Idem pour maju, le mois de mai, qui est prononcé [mayu], flju, la mente pouliot, prononcé [flyu].
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1. Influences, contagions et suites antinomiques sont en général désactivées si l’une des CC est comprimée.
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La consonnisation des voyelles

Deux VV ne se suivent pas en prononciation : ou l’une s’éclipse, ou elle se consonnise (i se consonnise en j, u se consonnise en v).
Une fois consonnisée, la VV se comporte comme une vraie CC : elle obéit à la règle des CC, elle est donc propulsée par un SS qui lui est dédié. Elle ne sert plus de SS pour la CC suivante, étant elle¬même une CC. Conséquence : la CC qui la suit sera propulsée par un SS neutre distinct. L’application la plus courante de cette règle se trouve dans la poésie, les proverbes et les dictons : elle sert à ajouter un «temps ».
Quand a précède ou suit i ou u il les consonnise.
La VV a n’est pas consonnisable.
Quand i et u se suivent (iu, ui) l’une d’elles est consonnisée.
Quand a est situé au milieu (iau, uai, iai, uau), i et u sont consonnisées : izirdiaun
Quand une VV greffon suit ou précède une VV résidente (de NN ou de VB), c’est la VV greffon qui se consonnise : ad Iili, ailau Iuli, ad Iali [ad jili, ajlav, Juli, adjali].
NN pluriels en __iin : dans les masculins on prononce [ijn] : iqobailiin ivadoiin. Dans les féminins en t__iin on prononce [ijin] : tiqobailiin tivadoiin
Consonnisation d’usage : les Kabyles ont l’habitude de consonniser à tort et à travers : Turnaq est prononcé  [Tvrnaq]
Surconsonnisation des voyelles
i est «surconsonnisée » dans trbia tebia lhmuria lefunia zorudia lefunia Zubia [Zubya] lxdoubia Buzian [Buzyan]. Ce type de consonnisation dure de la VV « i» se rencontre au voisinage de a (ia), mais non avec i et u (ii, iu ui).
u est parfois surconsonnisée dans lmuas [lmvas, lmwas]
di, si
di, si : se prononcent [dy, sy] quand le mot suivant (arbib) débute en voyelle
– quand le mot suivant di ou si est en i ou u greffon (non résidente), la VV DM i ou u est éclipsée en prononciation (di Iezzouyn, si uqam, si Uzoffun)
– quand la VV DM est résidente, donc non éclipsable, on ajoute une liaison : di’ass, di’ussan, di’ido [dy vas, dy ussan, dy ido]
La consonnisation de i dans di et si est dure même dans les déclinaisons : dii diik1 diinq siivn siisn [dyi dyk dynq syvn sysn]
A signaler que la suite de plus 2 VV identiques consécutives (uuu, aaa, iii) est une suite phonétique, non une suite grammaticale. Elle se lit comme la même VV allongée.
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1. Pour diik, siik l’usage fait parfois prononcer [dkk, skk] pour contourner la suite antinomique y-k (mâle-femelle)
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