Le signe (6)

Ponctuation et casse

Les règles
La phrase affirmative n’est précédée d’aucun signe.
La phrase finit par un point quelle que soit sa forme (affirm. nég. exclam…)
Les signes qui changent la forme et le ton de la phrase : cri (!), interrogation (?), ironie (!?) sont placés en début de phrase et non en fin de phrase. A l’inverse de certains systèmes d’écriture étrangers, en grammaire kabyle on n’attend pas la fin d’une phrase pour en connaître la forme, d’autant plus que le kabyle n’a pas les formes inversées du genre « a¬t¬il, seras¬tu, voulez¬vous… »
Il y a deux niveaux d’intonation :
– un signe (? ou !) introduit la phrase interrogative ou exclamatoire quand elle est dite sans intonation particulière
– deux signes (?? ou !!) en début de phrase signifient qu’elle est dite sur un ton interrogatif ou exclamatoire très prononcé.
Dans une phrase composée, les signes ? et ! appartiennent à la section de la phrase qu’ils introduisent, et non à celle qu’ils suivent.
Les guillemets
 s aqam is mi-d Tstqosa, acu isn Inna « ad Harbq f uqorru iu »
Ce qui est entre guillemets est placé tel quel dans la phrase, dans sa forme ou son sens d’origine (citation…)
Le point
 Marque la fin de la phrase, quelle qu’en soit la forme : affirmation, interrogation, exclamation.
Les points de suspension ()
 tisirt ma Tuq itnt di lriac…
Si le point marque la fin de la phrase, les 3 points indiquent que la phrase est interrompue, la suite étant censée être connue du lecteur (et ainsi de suite)1. On met 3 points, et non 2 ou 4 points.
Les points de suspension peuvent commencer la phrase, quand elle est censée continuer une phrase précédente interrompue par des points de suspension : … ula is-d Yn iquraf.
Les 2 points (:)
 Les 2 points sont importants car ils changent le sens de la phrase. Sans les 2 points l’expression lveda n vin Ihdorn signifie « l’offrande de celui qui est présent ». Avec les 2 points (lveda : n vin Ihdorn), elle signifie « l’offrande est pour celui qui est présent ».
ticrado : s idamn (le tatouage, c’est avec du sang), sans les 2 points ça donnerait : un tatouage avec du sang.
aqam inu (ma maison), avec les 2 points ça donne « aqam : inu« , la maison est à moi.
Le signe « 2 points » introduit le mot ou la partie de phrase qui sert de complément, et sur sur lequel on veut mettre l’accent. Il est inséré là où on pourrait faire une pause pour marquer la séparation entre les 2 parties d’une phrase composée.
NB. A la différence des autres signes, le « 2 points » peut commencer la phrase  : kco Tnnido-d, c’est toi qui a dit (et non un autre), façon orale de dire d kco i-d Innan
L’ironie
 !? signale l’ironie (atihoi) :  !? a-d Iarv uyudu lxrif
Quand une phrase ou portion de phrase est précédée de « !? » on comprend autre chose que ce qu’elle dit. Le signe est nécessaire car l’expression corporelle, la « façon » de dire est propre à l’oral, il n’est pas visible dans l’écrit.
La liaison ()
 La liaison (tuqona) utilise le signe appelé « apostrophe ». Se rencontre surtout dans les NN avec VV DM résidente en position de dépendance (arbib)  : Iwit ‘asif, tamurt Yzrn ‘idoan, Igrh ‘ul.
La liaison se fait en v pour a__ et u___, et en j pour i__.
Ne commence ni ne finit la phrase.
Quand les nombres sont écrits en chiffres, il est inutile d’écrire le signe « liaison » : on écrit 15 izmaun, et non 15 ‘izmaun.
L’interrogation
 Le signe « ? » se met en début de phrase interrogative dite sans intonation particulière. Dans « ? amk », on prononce normalement, comme en forme affirmative, mais la présence du signe « ? » révèle l’interrogation.
?? débute une phrase interrogative avec intonation marquée. Dans « ?? amk », l’interrogation est dite avec un fort accent, d’où le doublement du signe « ? »
Dans une phrase composée, le signe ? est inséré à l’endroit qui sépare la partie affirmative de la partie interrogative, là où on pourrait faire une pause ou mettre « Mlii« .
Le signe « ? » n’est pas nécessaire après Ini-d, Mlii, vissn anva
Le cri, l’étonnement
 Une CC se crie à travers son SS. C’est dans le SS (neutre ou VV) que s’exprime le cri. Et non dans le corps de la CC elle-même.
En kabyle c’est le son a qui véhicule le cri à partir d’une certaine force, car la VV a porte plus loin que i et u. Ainsi :
– un SS neutre crié très fort peut être transformé en a en prononciation !! Ruah crié très fort est prononcé [arvah].
– à une VV (i ou u) criée très fort, on adjoint souvent un SS en a, qui la consonnise [aj, av] : ulac criée devient [avlac], Illa devient [ajlla]. La puissante VV a, en consonnisant i et u, leur donne corps, accentuant leur portée. Elle leur sert de « porteuse ».
Le signe ! exprime le cri ou l’étonnement : ! adrar a uccn
! se rencontre en début de phrase exclamatoire sans intonation particulière : ! tarvla.
!! commence la phrase exclamatoire avec intonation marquée : !! Imut [ajmut] ou !! Imuuut.
– Le a d’appel peut finir une phrase injonctive criée : !! Avi-d a (pour Avi-d a vinnat)
Les chiffres
 Un nombre s’écrit normalement en chiffres, même dans un texte. Eviter autant que possible d’écrire les nombres en lettres, sauf en cas de nécessité : document spécial, juridique ou poésie (pour la rime).
La numérotation alphabétique se fera sur l’alphabet conventionnel : abcdefghij
L’abréviation, le sigle
 Les abréviations kabyles sont à créer dans le sillage de la standardisation de l’orthographe et du vocabulaire. Beaucoup d’abréviations sont universelles, il n’y a donc pas lieu de les réinventer pour le kabyle. Elles seront prises telles quelles dans la forme la plus largement utilisée dans le monde, la plupart du temps en anglais2. Ainsi, une abréviation sera soit en kabyle soit en anglais.
On n’écrira pas <ONU>, <OTAN>, <SIDA> mais <UN> (pour United Nations), <NATO>, <AIDS>.
Pour éviter une lecture « en kabyle » comme un mot ordinaire, un signe distinctif sera accolé à l’abréviation3, écrite toute en MAJ. Grâce au signe distinctif, l’abréviation aura ainsi une lecture spéciale, non selon son orthographe, mais selon son sens.
L’hésitation
 L’hésitation se prononce de plusieurs façons, selon le locuteur, la circonstance. Elle s’écrira « mmm… » (3 m + 3 points) quelle qu’en soit la prononciation.
Le tiret
 Une des utilisations du tiret (tiret de 6) est d’introduire les particules d’orientation d et n . Noter qu’il n’y a pas d’espace entre le tiret et la particule qu’il introduit : Usan-d iqribn, les émigrés sont arrivés
a-n Avdoq askka, je viens demain
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1. Inutile donc d’utiliser (ou traduire) le terme « etc » puisque le signe « trois points » () a la même signification.
2. Un atelier doit être ouvert sur le sujet. Une concertation sur ce sujet avec les Amazighs non kabyles ne fera d’ailleurs que du bien.
3. J’ai opté provisoirement pour le signe < > pour sa disponibilité et sa simplicité en écriture manuelle.
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La « casse »

En grammaire kabyle l’orthographe d’un mot ne change pas selon sa position dans la phrase. Contrairement à certains systèmes d’écriture, la majuscule et la minuscule sont des attributs qui font partie de l’orthographe du mot, indépendamment de sa position dans la phrase. Ainsi un mot qui prend une MAJ ne s’écrira pas avec une MIN et un mot qui s’écrit en MIN ne prendra pas une MAJ en début de phrase1.
 NN propre, NN commun
 Dans les NN propres la MAJ en début de mot permet d’éviter certaines confusions : Ivadoiin (avec MAJ) désigne la localité, tandis que ivadoiin (MIN) désigne les habitants. On écrit at Eisi pour les habitants, At Eisi pour la région, at Xlfun et At Xlfun, ibhriin et Ibhriin
La règle
Prennent une majuscule :
– Les NN propres
– Les VB
– Certaines abréviations, les sigles : mesures, institutions, entreprises et personnes morales…
– Les textes écrits entièrement en MAJ, comme les titres
Dans les NN propres composés, les mots qui les composent prennent la MAJ, mais non les particules de liaison : Larbea n At’Iratn
Prennent une minuscule :
– Les NN communs : aval, imcac
– Les conjoncteurs et particules, qui ne sont généralement ni des NN ni des VB.
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 1. – Les utilisateurs de traitements de texte devront désactiver l’option « majuscule en début de phrase », et, pour le moment, « correction en cours de frappe ».
     – Les attributs MAJ-MIN ne sont pas apparents dans les textes écrits entièrement en majuscules, comme les titres, les sigles.