Le signe (5)

La semi-consonne « e« 

Le signe « e« , en grammaire kabyle, est une consonne, et non une voyelle.
Pour bien situer la consonne e, on peut dire que si i est proche de j, u proche de v, e est la consonne la plus proche du souffle neutre dans la langue kabyle.
Vocabulaire : la consonne e est un stigmate de l’intrusion de l’arabe. aerur pour arur, aedis pour adis tadist, Nazae pour Naza (anza)
La suite ae est la plupart du temps une altération (une déformation) de a, résultante de l’habitude des Kabyles à comprimer les CC et allonger inutilement la VV a : aerur, aebbudo, Mndudae ajjaln/iejjaln…
Elle se rencontre surtout dans les mots de type arabe : aemam, aemmur (du verbe Emmr)
C’est une consonne à éviter dans la construction des mots nouveaux.
Prononcée « en kabyle », elle est souvent plus proche de la voyelle a que de la consonne arabe correspondante (ein) :
– Les suites ae et ea sont souvent prononcées [aa] : lgmea, lafea. Parfois utilisée en poésie pour rimer avec a : Tuqaldoii am lmdfe, ain ik-d Fkiq Ikfa. Fkiq azuqr i tazvara, Ishhrii dtme
– le prénom Omar (Eumar) est prononcé [Avmar] chez les Kabyles.
At Eisi, Asif Aeisi, Iqil Aeisi sont prononcés « en kabyle » : [at ajsi, asif ajsi iqil ajsi]
Elle n’est comprimée qu’exceptionnellement : Seu Seeu, Deu Deeu (tous des mots de type arabe)
Prononcée « en kabyle », elle se comporte souvent comme une VV au voisinage de i et u, qu’elle consonnise : azyr Ieqol ymas, Muh u Eli, Qoasi u Emr
Utilisée comme rallonge pour la voyelle parente a, mais ne rallonge pas i et u.
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La semi-consonne « j« 

ajur, jivn, Ejiq ukjis tizja
Vocabulaire : assez rare comme radicale dans un mot. Utilisée surtout dans les mots de type arabe.
En prononciation, j est souvent durcie en y1 : Qojjl (siester) Cjje (envoyer), Bjjn, Fjjdo Sjjx Gjjr  unjif
Ne pas confondre j et k : Krz takrza (et non tajrza), Krs tikrsi (non tijrsi) Kms/takmust (non tajmust)
Ecrire jj ou yy ?
Si jj et yy peuvent donner le même son, ils sont totalement différents :
jj peut même servir à exprimer un i surcomprimé. On écrit Dojjr (et non Doyyr puisqu’on dit amdour,  et dtira pour projectile), Mjjl (et non Myyl). Hojji Ejjd Ejjdo Ejjb aejjal
– par contre  y n’est pas lié à la voyelle i : Dyyr (pousser) Iuyar tayara, ayris, ayryis, uyur ayus ayomado ayolmim ayllid…
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1. Dans Kjjf, jj n’est pas surcomprimée en [yy] par commodité à cause de la proximité de k, qui est le pendant féminin de la masculine y, ce qui aurait donné [ky], suite antinomique. On ne dit pas non plus Doqor, qui est une altération due à l’intrusion d’usages arabes dans la langue. Cette forme fausse est donc à mettre au rebut. On dit Dojjr.
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La semi-consonne « v« 

avtul, avzi
se comprime et se durcit en w : Avdo awado, tzvq Zwaq
Exceptions :
v est volatile dans Sv, Tss, tissit,
–  elle débouche sur j dans Nviq nija (mot de type arabe).
Doublé en écriture il se prononce comme 2 CC distinctes et non comme une CC : Skevv
Dans la forme subie, les verbes en V__ prendront (comme tous les verbes) Tu__ : Tuvtq Ttuvtdo Ntuvt, même si dans l’oral le u est éclipsé au profit de sa CC parente v.
Ne pas confondre la CC « v » avec le greffon de déclinaison  « u » :
di tvnzau i Emrnt tmsal ayrav  (di tvnza inu)
A signaler que dans tabalizt on prononce b et non v à la française.