Les prénoms

Nom propre, nom commun

Afulai, Ayafai, Aqilas, Amainu, Amajas Tiziri Taskkurt... : le défaut de concertation, d’étude et de prise en charge approfondie de la langue peut conduire à des situations qui prêteraient à sourire si l’affaire n’était pas sérieuse. Ainsi, des enfants auxquels on a voulu épargner la honte de porter un prénom vil se retrouvent avec des (pré)noms… communs ! Ce ne sont pourtant pas les exemples (à suivre) qui manquent : nos parents, bien avant la prise en charge académique de leur langue, prénommaient déjà leurs enfants Skura, Sggiya, Qilas, Jidir, Mqoran, et non Taskkurt, Tasggiyt, Aqilas, « ad Iidir » ou Amqoran.

Aqilas, Asafu, Asalas, Amzoian, Amzvar, Amainu, Tiziri… peuvent très bien se défaire de leurs greffons « a » et « ta » et devenir des (pré)noms propres : Qilas, Safu, Salas, Mzoian, Mzvar, Mainu, Zira…

Il est peut-être utile de rappeler que le prénom Jidir ne s’écrit ni ne se prononce [Idir] (qui signifie « vis »). Jidir est de la même facture que Juyurtn, qui exprime une certitude (Iuyar itn, il les dépasse) et non un souhait (dépasse-les). Jidir signifie ad Iidir (il vivra).

d taqobailit i Izvarn (le kabyle d’abord)

Amal, Iman, Ania… l’entreprise d’aliénation combinée à l’attitude de soumission de certains Kabyles ont conduit à donner à des bébés féminins des prénoms masculins.

Quel est le Kabyle qui ignore que dans sa langue seuls les NN masculins commencent en a__, i__ ou u__ ? Qui ne sait pas que les NN féminins dans la langue kabyle commencent toujours en CC ? Qui ignore que nos ancêtres n’ont jamais donné un prénom masculin à une fille ?

Le problème s’est déjà posé dans le temps avec Amina, Amin, intelligemment transposés en Jamina et Liamin pour contourner la difficulté.

Question : quand on veut appeler mademoiselle Amal, doit-on appliquer les règles de la langue kabyle et prononcer [ajamal] comme on dit [ajakli] pour appeler Akli, ou alors fracasser¬détraquer pour les besoins de l’aliénation « nationale » en prononçant « à l’arabe » ?

Le mal est fait, me dira¬t-on. Qu’on arrête là, répondrai-je. Aux filles on donnera des prénoms féminins. Laissons Amal et Iman à qui en veut.

Idem pour les prénoms genre Hmza et Mstafa, dont la forme (CC en DM et a en FM) ne sied qu’aux mots féminins dans la langue kabyle (Mhguba Fadoma simra sixdta…). Là aussi la soumission (et/ou l’ignorance ?) a donné le ton avec des prénoms amaziq féminisés : Kusaila, Masinisa, Yaja, Juba, « Giyurta »… Arrêtons le massacre1.

Des aberrations tels que Fu.ad2 obligent à prononcer en arabe (apnée entre 2 VV), donc à piétiner les règles de fonctionnement de la langue kabyle.

Si on veut que la langue vive, c’est aux mots étrangers (emprunts) d’être prononcés en kabyle, et non l’inverse. Nous devons être inflexibles sur ce point.

Fuyons donc comme la peste la tentation de détraquer les mécanismes inhérents à la langue en introduisant des éléments aliénants (comme les prénoms) ou en s’appropriant les règles d’une langue étrangère (appeler par  ex. en utilisant ja : ja Fu.ad, ja Amal…). ja3 ne peut servir pour l’appel en kabyle : on dit a Ceban et non ja Ceban. ja en kabyle signifie « oui ». Inutile donc d’en détraquer le sens.

Mais alors, que faire des prénoms arabes déjà en usage ? Tout simplement prononcer Fuad en kabyle [Fvad], et s’abstenir du a d’appel pour les prénoms féminins en a, i, u pour contourner l’apnée entre deux VV, phénomène inexistant en kabyle. On ne peut faire autrement, le mal est fait, il s’agit maintenant de sensibiliser pour éviter des aberrations du même type à l’avenir.

Toutes les langues empruntent. On emprunte pour épargner à la langue l’anémie, pour l’enrichir aussi. Mais on kabylise l’emprunt. Cela doit être la règle, avec des exceptions si nécessaire.

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1. La mise au rebut ne peut concerner la production antérieure: poésie, littérature…
2. Ou Isra.il (Israël) prononcé à l’arabe sur les chaînes radio et TV.
3. ja ak Iniq (oui je te dis), jakan (oui déjà) ja u jak (ja u jak a Hmd). C’est un semi-verbe : ja jak jav jamt : façon d’inviter un auditoire (équivalent de « amin » chez les Sémites (« ainsi soit-il », « oyé oyé »)
>>>Les NNM ne se terminent pas en _a, à part Mstafa, Hmza Mhonna (Mhonni)