Les néologismes

Les mots nouveaux

Le mot nouveau doit correspondre aux normes amazighs. Il s’agit d’enrichir, et non de détraquer. Pour baliser la construction des mots nouveaux, il est donc impératif de définir des règles, moules et canons qui soient admis par toute la composante linguistique amazigh.
Un mot se construit à partir d’une ou plusieurs racines et exception-nellement d’un tronc ou d’un mot ou ensemble de mots.

Le mot nouveau :

– doit entrer dans un moule déjà existant
– doit respecter les règles grammaticales (suites antinomiques, dominance…).
–ne doit pas allonger les listes des exceptions
–ne doit pas comporter des CC non kabyles : e h so1
– ne doit pas heurter le même terme dans une autre langue amazigh utilisé dans un autre sens.
– ne doit pas venir s’ajouter inutilement si le sens est déjà pris en charge par un mot, un jargon, une expression en kabyle ou dans une autre langue amazigh.
– être « enraciné » au bon endroit2 : la racine véhicule une idée porteuse, un sens
– être si possible ramifiable : racine, VB, NN, parenté…

Les nouveautés (mots nouveaux) doivent être communes à toutes les variantes de tamaziqt. Les différences entre parlers iront ainsi en s’amenuisant.

Les mots nouveaux peuvent à la rigueur attester quelque différence superficielle d’un parler à l’autre, à la manière des accents, mais ils doivent être liés par la racine et construits de telle façon qu’ils soient reconnaissables par tous.

Ramifier une racine

La racine se ramifie pour donner des mots.
Pour exprimer par exemple l’univers de l’enseignement et de l’apprentissage la racine LMD peut se ramifier : almad almada almadu talmadt talmadit almmad almud ulmid talamda tilumda… plus les adjonctions d’implants : aslmd aslmad aslumd asalmad almdan almadan anlmad3 analmad analmud analmid uaralmad, Lmd Ilmid Slmd Silmd Lmmd Lamd…
A signaler que les mêmes consonnes peuvent donner des racines différentes. Pour la racine QR par exemple :
– sécheresse, dureté : taqrt, Qoar Qorbz anaqur/azaqar asaqur azqour iqurar aqorqour aqorqoar/ahgqoaqoar tiqrqrt asqar (durcisseur) aqorru
–son, cri, voix : tiqri Siqrt/taqratin lqoraia Qr tamqra...

Il est primordial que l’écriture d’un mot tienne compte de sa racine, et ne cède pas aux déformations et aux altérations de l’oral.

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1. Il est utile de lister à part tous les mots contenant ces CC.
2.  Le mot tayravla par exemple donne à réfléchir quand on sait qu’il est construit sur la racine RVL qui suggère la fuite et non la révolution. La différence entre tayravla et tarvla est l’implant « y » (VB faire). A rapprocher avec le mot horvl : Ikkr horvl, panique, débandade.
– Idem pour le mot amiay (verbe) construit pour exprimer une action réciproque (m + Y), forme qu’on retrouve dans amiasam amiayar amiavado amirdoal. Même chose pour amiaru (s’écrire mutuellement), utilisé pour « écrivain », amiurar
– La racine des mots takrdoa/timkrdoit fait penser au vol (takordoa) et non au document, livre ou « carte ». Ou peut-être au grattage (Krdo/akrado)  ?
– La racine du mot nouveau amzyun (théatre ?), ZYN, suggère la demi-mesure (Yzn, azyn), la moitié et non le drame (ZYM, anzyum)
3. La CC n est souvent ajoutée comme implant de manière inconsidérée dans les mots inventés. anlmad ressemble plus à « enseigné, initié » qu’à étudiant. Le terme le plus proche serait plutôt  almmad (nom d’action).
– Idem pour anxdoab/inxdoabn : le terme qui convient le plus est axdtab/ixdtabn. La confusion est telle qu’on ne sait plus si tanxdoabt est celle qui assiste aux fiançailles ou celle qui est fiancée. Les altérations doivent être corrigées.