Homographes & Co

Homographes et autres difficultés

La grammaire kabyle est, comparée à d’autres systèmes d’écriture, merveilleusement structurée, avec des règles claires, logiques, et très peu d’exceptions. Elle demande peu de temps pour être assimilée.

Mais il faut se dire qu’aucune grammaire au monde ne résoud tous les problèmes posés par l’écriture de la langue. La raison est que l’oral et l’écrit n’obéissent pas aux mêmes règles. L’un est dynamique, l’autre statique. L’oral est accompagné, éclairci, complété et précisé par un ton, une attitude, un geste ; l’écrit est là, fixe, plat, muet devant l’oeil du lecteur, sous forme de signes visuels alignés comme des hommes de troupes, anonymes et impersonnels.

Dans l’oral un « a » est différemment perçu selon la façon de le prononcer, l’attitude du locuteur, l’intonation, le regard, le contexte… Il n’en est pas de même pour le signe « a » fixé sur une surface plate.

Ceci pour dire qu’il est normal que sous un angle, l’écrit soit moins riche que l’oral. Il est donc utile de recenser les difficultés, les problèmes non résolus par la seule application des règles grammaticales, et d’introduire des exceptions dans l’écrit pour pallier sa pauvreté par rapport à l’oral.

Le recensement et le traitement des exceptions doit se faire de façon méthodique, organisée : ajout de signe diacritique, CC ou VV… Travail long et fastidieux qui relève du ressort et de l’autorité d’une institution de type académie.

Quelques homographes

Rvu (tavant) Rvi (arvai) Rviq Trvido*
W (tiwi) Avi (awai) Wiq Twido*
Sli (aslai) Sl (timslivt) Sliq Tslido*
Zzi (tuzia) Zzu (uzu) Zziq Tzzido*
Fsi (afsai) Fsu (tafsut) Fsiq Tfsido*
Bri (abrai) Bru (brru) Briq Tbrido*
Zod (izoid) Zod (azodta) Zodiq Tzodido

* la similitude s’arrête à ces 2 personnes au passé

Exceptions et cas particuliers

Si le génie kabyle a su reconstituer do à partir de féminins étrangers (tabrvidt/tibrvidoin tiyufridoin timrmidoin…), dans les emprunts, le son « dt » ne renvoie pas, comme en kabyle, à une compression de do ou à la forme féminine de d ou do. La plupart du temps les emprunts sont des « cas isolés » non enracinés, donc non déclinables : ataksi tabla (la table) Stbtb atrbuqo rbetac/xmstac… Que faire ? De deux choses l’une :

– soit, comme pour les CC dites « solaires », écrire « t » et faire une liste d’exceptions à connaître.
– soit traiter au cas par cas, en mettant au besoin un accent : ataksi tâbla tumatic tûmubil tafntazit...

La CC « l » en DM doit aussi être prise en charge, car si en kabyle elle est radicale (lazo lubian Ls/lbsa lco lft lafea Lxs Lum Lgm Lkkon Lqom…) dans les emprunts (arabe et français), elle est la plupart du temps greffon : lkarama lgame lmut lfudoa, lakul luzin liyatu lisriz. Des listes exhaustives de mots en l__ feront donc la distinction entre CC radicale et CC greffon.

Parmi les VB qui font leur ussid en T__, certains (Mnoni Uqal Hloli Mloli Bdd Kks Ffr Zzm Zzom Llm Ddz Fa Bbi Zzi Ru...) gardent le même tronc dans tous les temps (injonctif, passé, ussid, futur). Il en résulte un risque de confusion entre l’injonctif ussid et les 2èmes personnes du passé : le T__ de l’ussid peut être confondu avec le T__ de la 2ème personne.

Selon que le T__ est accentué ou non, le VB conjugué Tuqal peut être lu comme :

– injonctif étalé dans le temps (ussid : retourne !) ou
– 2ème personne du passé (elle est retournée)

Le problème ne se pose que pour l’écrit, puisque dans l’oral le T__ de l’ussid est accentué, mais pas celui de la 2ème personne. A titre exceptionnel, on peut adjoindre donc pour ces VB un signe diacritique au T__ de l’ussid injonctif : To__.
On pourra écrire :

Tffr, Tuqal, Tzzm Tfa pour le passé, et
– Toffr, Touqal, Tozzm Tofa pour l’injonctif ussid.

Signalons que le risque de confusion ne concerne que l’injonctif ussid. Le signe diacritique ne sera donc éventuellement ajouté que pour ce temps.