Accents, raccourcis…

L’accent

Les langues parlées sur de grands territoires possèdent toutes des accents, petites différences de prononciation qui ne remettent pas en cause les principes et règles de fonctionnement de la langue.
taqobailit et tamaziqt en général ne dérogent pas à la règle.
L’accent existe, il participe de la vie de la langue. C’est l’empreinte d’un relief, d’un climat, d’une vie commune, d’une personnalité affirmée dans une région à l’intérieur d’un ensemble plus grand. On fait donc avec, sans chercher à le réduire ou à le faire disparaître par la force. Ni chercher à le maintenir s’il a tendance à s’amenuiser.
Dans tous les cas, l’accent ne doit pas s’incruster dans la grammaire, il n’y ferait que des dégâts1.

Raccourcis et contractions

Comme dans toutes les langues, la tradition orale impose parfois des « raccourcis » dans les mots qui reviennent souvent dans les conversations. Cette façon de gagner du temps touche surtout les « mots-charnières », qui sont tronqués pour une locution plus fluide. Les contractions qui en résultent sont si communément partagés par les locuteurs qu’ils deviennent des mots à part entière : a vin Iufan devient ainsi avufan

a vin Iufan avufan
Ini as In as
anisi…anida ansi… Anda
Avi-d (kan) avid…
ass s’ass, ass di’ass assuas, aswas
ul inu ul iu*
taqavsa inu taqavsa ink taqavsau taqavsak**
asmi akkn asmakkn
– s’acu a’kk Qozzbq a ul iu s’acu ar akk Qozzbq…
– suadda suflla s’adda, s uflla (adda aflla)
– ? ivumi Tslido? i vin umi Tslido
 A noter que certaines contractions relèvent de l’oral, elles ne sont pas écrites :
– au présent (ussid) la suite t+d est prononcée [d] : Tdarai [ddaraj]

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1. Exemples : prononciations différentes de la CC l , intrusion dans des mots comme afrmli taqoladt, remplacement de la CC t par « do » (Sdohi pour Sthi)….
* : le n est caché (d uffir)
** : la particule est accolée quand le mot finit en VV
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ko, yo : des raccourcis ?

A l’inverse des VV a et i, très prisées, la VV u n’a pas l’air d’avoir les faveurs du locuteur kabyle et amazigh en général. Particulièrement au voisinage des CC k et y.
Le recours à la forme ko et yo apparaît souvent comme un moyen de rendre la prononciation plus fluide : on économise un temps en « mangeant » la VV u.
C’est la même VV (u) qui fera aussi les frais de l’aménagement de
nukni/kunvi en nkoni/konvi,
nutni en nitni : k n’étant pas là pour en faire un « ko« , on institue i VV dominante,
qur (quri, qurk…) en qr, amqulli (aqullu) en amqlli, tmqur en tmqr (on dit quand même Imqur), iqurman (aqrum) en iqrman
iqourra (aqorru) en iqorra, tiquza (taqzut) en tiqza
 tiskkurin (taskkurt) en tiskkorin,
arkull (kull) en arkoll, arkolli

A signaler que l’argumentation du « u » n’est pas toujours valable : l’usage exclusif de l’oral fait que les abus sont nombreux au gré des accents et des tentations de fluidifier à tout prix la prononciation, souvent au détriment de la structure grammaticale de la langue. On l’a vu par exemple avec le « k« qui se transforme jusqu’à devenir « v« , des fois même « j » :

– ink > nkun > nkon > nvn,  yarak > yarakun > yarakon > yaravn
– akdtuf (Skudtf) > akodtuf > avdtuf/tivdofin
– takmmust [tajmmust], takrza [tajrza], tikrsi (Krs) [tijrsi]
akubal akobal nukni nkoni
akurfa akorfa kunvi konvi
akurra akorra asayum asayom
akussar akossar1 ayursal ayorsal
akursi akorsi ayulaf ayolaf
amdakul amdakol ayulim ayolim
taekumt taekomt ayuni ayoni
tafakult tafakolt tayursa tayorsa
takumamt takomamt iyurdan iyordan
takurdoa takordoa ikusman ikosman

Notons que ayusim, ayumi (goumier), tayuni ikubban akuz akurd ayus ont quand même gardé leur forme originelle en u

Que faire ?

Etant donné la difficulté, voir l’impossibilité d’édicter des règles générales pour régir grammaticalement un phénomène favorisé justement par l’absence de grammaire, une seule approche est envisageable : traiter au cas par cas.

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1. A rapprocher de tvsr, la vieillesse