Emprunts, traduction

Emprunts, traduction

Les règles de la grammaire sont tirées des mécanismes qui régissent la langue orale. Elles n’en sont que l’expression. Enoncées de façon claire, elles constitueront un outil de stabilisation, tout comme elles serviront de matériel didactique pour l’enseignement de la langue.
Sont concernés par la grammaire et ses règles les mots kabyles (ou amazigh non kabyles) et les emprunts kabylisés, mais non les emprunts non kabylisés. Il est hors de question de créer à l’intérieur de la grammaire kabyle des enclaves, des règles « anti-grammaticales » spéciales pour régir les mots étrangers utilisés tels quels dans la langue des Kabyles. Ces mots resteront des termes étrangers à kabyliser, à utiliser comme des « cas isolés » ou à éliminer.
Nous devons aussi réhabiliter les mots dont l’emploi a été dévoyé de leur sens originel. Exemple : le terme qas (sauf, excepté, rien que) doit être réhabilité dans son sens original :

alln zik Itnhcamn ur Tadrnt dain qas ma sdat vi Tqoadarq, sauf devant celui que je respecte.
qas Rbbi ar a-d Iqoimn (dunit Ttqurru…), seul Dieu est éternel.


Rendons à Martin…

Il faut se dire que la langue kabyle n’est ni filleule de la langue arabe ni lointaine cousine du français, deux langues hostiles s’il en est. Elle est déjà assez polluée par ces deux langues pour encore en rajouter. Prenons donc des décisions :

– Sauf nécessité, plus aucun mot ou terme ou expression ne doit être « importé » ou emprunté du français ou de l’arabe. Il n’y a pas que le français et l’arabe au monde pour « emprunter ». Bien au contraire : les intrusions à partir de ces deux langues doivent être évacuées autant que possible. On chasse l’intrus, on ne lui emprunte pas.

– Les noms de pays, villes et contrées étrangères seront kabylisés à partir de la langue d’origine ou de l’anglais. On dira Afrik/Afriqo (inutile de féminiser en Tafrikt/Tafriqot pour singer le français ou l’arabe), Avrup (Europe), Lbhr uqanim (et non Lbhr azwaq) pour Mer rouge, Lbhr almmas au lieu de Ayrakal pour méditerranée. Idem pour les noms de personnes étrangères. Pour les termes techniques, scientifiques, les abréviations universelles, on empruntera de l’anglais, langue universelle par excellence. Et les emprunts seront si possible kabylisés.

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Mise au rebut

– Il est vital que le mélange des langues soit combattu au quotidien. Les Kabyles ont hérité d’une langue, qu’ils doivent enrichir et faire vivre. Il est hors de question de la délaisser pour promouvoir celle de l’occupant. Ne pas oublier que dans toutes les situations de « mélange » c’est invariablement la langue de l’Etat qui prend le dessus. La langue de l’oppresseur érode celle de l’opprimé jusqu’à son éradication totale. On combat l’intrus, on ne lui emprunte pas.

– Les emprunts inutiles ou injustifiés doivent être recensés et mis officiellement au rebut. Soit que l’expression ou le mot existe dans une autre langue amazigh, soit qu’un mot nouveau, expression ou jargon le rend superflu.

– Les mots et expressions (francismes et arabismes) mis officiellement au rebut ne seront plus employés en littérature, en poésie et en audiovisuel.

– La mise au rebut ne doit pas se faire dans la précipitation. Non seulement l’emprunt est normal et nécessaire, mais  d’innombrables  racines font partie du patrimoine commun, et les mots ressemblant à l’arabe ne sont pas toujours l’apanage de la langue de Koreich.

Que faire de « ara » ?

Le terme « ara« , utilisé inutilement après chaque « ur » pour exprimer une négation, doit être mis au rebut. La langue kabyle a tout à y gagner, d’autant plus qu’elle est la seule langue amazigh à être polluée par cette vanité.

La racine r n’est d’ailleurs pas toujours liée à la négation si on considère :
Yullq ar as Iniq, ou Illa ‘ain ar as Iniq. C’est plutôt une affirmation !
ur Illi ‘ara, le terme ara signifie « chose »
uyar n’ar, plus qu’il n’en faut…

On dira donc ur Coiq pour « je n’ai pas mangé« , et ur Coiq ara pour « je n’ai rien mangé« , tout comme on dit urkk Ixusso ‘ara (tu ne manques de rien). Le mot « rien » signifiant ici « aucune chose ».