Le miracle kabyle

Elles sont plusieurs. Nées l’une après l’autre, difficilement, d’un enfantement souvent laborieux, les auteurs étant plus des militants que des spécialistes des langues. Comme tous ceux qui venus au monde contre la volonté du monde, contre le temps, contre les pouvoirs en place, elles sont les enfants des sacrifices, des nuits blanches, des crânes sans repos. Il y a eu celle de Amar Boulifa, celle de Mohand Said Hanouz de l’Académie, celle plus récente de Hocine Cherad, celle plus récente encore de Hacène Sahki…
Ah, j’allais oublier, il y a aussi, et surtout celle des Pères blancs, pardon de Mammeri, la plus connue de toutes. Mince alors ! comment ai-je pu l’oublier. C’est sans doute la mémoire qui en prend un coup avec l’âge. Ou peut-être, la mémoire étant parfois sélective, je l’ai omise car elle n’est ni enfant des nuits blanches ni celui d’un sacrifice mais le résultat du travail du conquérant en terre conquise. Du Français en terre kabyle. Parce qu’elle est venue au monde non pour servir la langue mais pour permettre au colon de mieux pénêtrer la société kabyle, mieux la contrôler, la soumettre en maîtrisant son dialecte.
Re-mince alors : encore une qui me revient en tête. On a bien écrit le kabyle en arabe non ?
Comme on le voit, ce ne sont pas les « grammaires » qui manquent. Le problème, c’est que malgré cette multitude, les problèmes de la langue kabyle ne sont pas réglés pour autant, on ne sait toujours pas ni comment l’écrire ni comment l’enseigner. Pourquoi ? Parce qu’on ne sait pas comment elle fonctionne !
Les spécialistes en sciences exactes me diront – avec raison – ceci : puisque il n’y a pas de grammaire, donc ni de système d’écriture normalisé ni de système d’enseignement crédible, comment se fait-il qu’il existe des « docteurs » ? Comment ont fait les Kabyles pour en inventer ? Peut-on fabriquer des diplômés ex-nihilo ? Peut-il exister des docteurs sans doctrine ?
Je laisse la réponse entre les mains des « spécialistes », moi je m’en lave les miennes, ça me dépasse. A mon humble avis ça relève du miracle, pour une fois que les Kabyles en font. Fabriquer des docteurs ès-tamazight alors qu’on n’a pas de grammaire… Faut le faire, et les Kabyles l’ont fait.
Allez, des youyous, les femmes !

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