La faute dans le titre

Lu (et copié) un peu partout :
– Segzi-d awalen yuran s tira zuren
– asegzawal n J.-M. Dallet
– Tigzi n uḍris:
– wumuγ deg ara d-ssegziγ awalen yuεṛen
__________
Question :
Quelle est la signification du terme « Yzi » ?
Comprendre, faire comprendre ?

Voyons d’abord l’usage qui en est fait par les Kabyles :
ma Nddr ur Nmut
d tidôt macci d lkdb
Inyr ur-d Iggi ara
Zddiy ur Iumis
jmma nni ii-d Iurvn
ur Yziq ur Elimq

Ces expressions idiomatiques expriment toutes une même vérité, confirmée avec des mots différents. Ce qu’il y a de part et d’autre du signe « = » est strictement identique :
ma Nddr = ur Nmut
d tidôt = macci d lkdb
Inyr = ur-d Iggi
Zddiy = ur Iumis
jmma = nni ii-d Iurvn
ur Yziq = ur Elimq

Yzi signifie donc, comme « Elm » :
« être informé, être au courant »…
… mais non « comprendre », ou « expliquer »

Explorons ,sur la même racine (notons que « n » est rarement radical dans les mots kabyles) :
Yzn, Yzzn > ayzzan : le voyant, celui qui est informé/qui informe
Ein Yzzan [Ein Yzzam] dans l’extrême Sud algérien, prononcé par les Imucaq avec leur accent [In Ygan] : le puits du voyant.
Le voyant est, dans ces contrées, celui qui DIT ce qui est caché, non celui qui EXPLIQUE. ayzzan dit, mais n’explique rien.

Ainsi donc :
« asyzaval » ne peut signifier « livre qui explique, qui fait comprendre le mot »
« Syzi » ne peut signifier « faire comprendre, expliquer »
« Yzi » ne peut signifier « comprendre »

D’où vient le mot « amsaltu »

Cette liste montre que sauf exception les mots kabyles en « am__u » ou en « an__u » sont tous liés à un verbe. J’aimerais savoir à quel verbe (kabyle) correspond le néologisme « amsaltu ». Cela m’aidera à comprendre le processus de création de ce mot.
Remerciements anticipés à celui qui éclairera ma lanterne.
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amdtarfu → Dorrf
amnzu → Azu
amqorsu → Qors
amrrzou → Rzo
amrzoayu → Rzoay
amrku → Rku
amzoallu → Zoall
amzvaru → Zvir
anbdu → Bdu
aneiabu → Ejjb
anyyaru → Yori
.
Dans l’attente, je considère que ce mot « amsaltu » n’est pas un mot kabyle.

Les unanimismes ne créent pas

Ce n’est pas parce que le monde entier dit une chose que la chose est forcément vraie. L’unanimité ne crée pas, elle n’est qu’un avis, une opinion. Si elle était créatrice, le Soleil aurait bien des problèmes, lui qui serait obligé de touner autour de la Terre, planète minuscule par rapport à sa taille à lui.
Le scientifique est donc obligé de remettre en question ce qu’il entend partout et tous les jours. Et parfois même ce que son oeil voit. Et de raisonner. Valable même pour les militants de tamazight, docteurs compris.
S’ils raisonnent au lieu d’opiner à tout ce qui se dit, ils trouveront que :
1 – contrairement à la rumeur, l’alphabet utilisé pour « tamaamrit » n’est pas le latin mais un mélange d’alphabet français avec des diacritées et des caractères grecs
2 – contrairement à ce qu’on dit, il ne suffit pas d’opter pour un « alphabet » pour savoir écrire. Il faut encore savoir agencer les signes pour traduire l’oral, puisque l’oral est par sa nature plus riche que l’écrit
3 – il faut que la façon d’écrire soit un « système » pour pouvoir l’apprendre (et l’enseigner) non par coeur mais dans ses règles, ce qui n’est pas le cas pour « tamaamrit »
4 – il faut que le système d’écriture soit en conformité avec la grammaire, qui elle aussi est obligatoirement un système. Et c’est là que réside « le problème » : en un siècle de travaux sur tamazight, tout le monde a travaillé sur la façon d’écrire, personne n’a cherché à résoudre la grammaire. C’est comme si elle n’existait pas. Or si elle n’existait pas, tamazight aurait disparu depuis longtemps, vu les attaques incessantes dont elle a été l’objet pendant des siècles.
5 – la première fois que la grammaire kabyle est énoncée c’est en 2014 dans mon livre « tira n tqobailit, la grammaire kabyle ». Un livre qui contient et la grammaire et l’écriture, un système facile à apprendre, 100% latin et conforme à la grammaire.
Tout cela bien sûr s’ils se mettent à raisonner.

Les compressions dans l’alphabet kabyle

 


Pourquoi, dans l’alphabet kabyle, « QO » n’est pas une consonne à part entière ?

Parce que tout simplement c’est une « compression ». Ce n’est pas une consonne primaire. Les compressions sont décrites sur :

https://akerma.yo.fr/tagrrumt/le-signe/signe-1/
et sur :
https://akerma.yo.fr/tagrrumt/le-signe/le-signe-3/

Elles n’existent pas par elles-mêmes, elles résultent de la compression d’une consonne, quand cette compression induit en prononciation une forme accentuée différente d’une compression ordinaire (BB, DD, RR…), au point où elle fait penser à une consonne autre :

– Q comprimée donne QO : Irqa-Irqo, Iqra-Iqoar
– DO comprimée donne DT : Adon-adtan
– C comprimée peut donner CO : lco, Coh
– G comprimée peut donner GO : Gol
– T comprimée peut donner TO : Avit (emmène-le), Avito (emmène-la)

En écriture, si QO et DT sont stables, et s’écrivent donc sous cette forme quelle que soit leur place dans le mot, on n’écrit CO, GO et TO qu’en début et en fin de mot. Ceci pour ne pas encombrer l’écriture par une compression en début ou en fin de mot. En milieu de mot on écrira tout simplement CC (amccim), GG (taggalt), TT (aqottun).

« unti », un mot kabyle ?

Voici des noms en C1C2i, plus la voyelle greffon de début de mot. La colonne de gauche est en grammaticale, celle de droite en tamaamrit.

akli ___ akli
amdi ___ amdi
amri ___ amri
avri ___ awri
avzi ___ awzi
ibki ___ ibki
ifri ___ ifri
ilni ___ ilni
imqi ___ imɣi
inzi ___ inzi
isqi ___ isɣi
iski ___ iski
isli ___ isli
isni ___ isni
isvi ___ iswi
izdoi ___ izḍi
izli ___ izli
izomi___ iẓmi
izori ___ iẓri
urti ___ urti

……………………
On peut voir que :
– certains sont en a___
– la plupart sont en i___ (voyelle dominante)
– un seul est en u___ : « urti »
On peut donc considérer que le mot en u___ constitue l’exception qui confirme la règle.
La règle étant que les mots en C1C2i commencent en a__, en i___ mais pas en u___.
Comme un néologisme doit s’insérer dans un moule déjà existant et jamais venir allonger une liste d’exceptions, on peut considérer que le mot en C1C2i « unti » n’est pas un mot kabyle.

tutlayt, un mot kabyle ?

Voici des noms en C1C2aC3, plus le « t » du féminin en début et fin de mot. La colonne de gauche est en grammaticale, celle de droite en tamaamrit.

taclalt ___ taclalt
tacraft ___ tacraft
tadmait ___ tadmayt
taedavt ___ taɛdawt
taerabt ___ taɛrabt
taftalt ___ taftalt
taqlaft ___ taɣlaft
tahmamt ___ taḥmamt
tahnact ___ taḥnact
tahramt ___ taḥramt
tahoravt ___ tahrawt
tahzamt ___ taḥzamt
tagmamt ___ tajmamt
talgamt ___ taljamt
tandoavt ___ tanṭawt
tarkabt ___ tarkabt
tarnast ___ tarnast
tasyalt ___ tasgalt
tasraft ___ tasraft
tavraqt ___ tawraɣt
taxzant ___ taxzant
……………………
Comme on le voit, ils sont tous en « ta___t », aucun n’est en « tu___t ». Il s’agit donc d’un moule. 
Comme le néologisme est censé entrer dans un moule déjà existant pour répondre aux normes de la langue, on peut à juste titre considérer que le nom en C1C2aC3 « tutlayt » n’est pas un mot kabyle. Il aurait dû prendre la forme « tatlayt ».

J’insulte les gens

Au hasard, comme ça, sur facebook en suivant un lien puis un autre, je tombe sur un texte me concernant. J’apprend dans ce texte ce que je ne savais pas avant : j’insulte les gens. Je me dois donc d’éclaircir certaines choses.
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Pour avoir fait la première grammaire kabyle ( je persiste et signe), j’en ai reçu des insultes, et des meilleures ! Je n’ai jamais répondu par une insulte.
Mon travail a été tellement bien accueilli que même mes deux essais en kabyle, pourtant « mammerisés » pour les mettre à la portée des lecteurs forcément mammristes, ont été boudés non par les lecteurs puisque les exemplaires livrés ont été vendus, mais par les libraires, allez savoir pourquoi. Je rappelle que bien qu’à l’origine ils ont été rédigés en grammatical, j’ai refait l’écriture en Unicode. Aucun libraire ne m’a expliqué pourquoi il ne veut plus commercialiser mes livres.
Autre chose : par la même magie, aucun journal, aucune radio, aucune chaîne de télé n’a voulu parler de mes travaux. Quand on sait l’insignifiante quantité de livres qui vient enrichir la littérature kabyle chaque année, chaque titre nouveau est en soi une fête. Qui aurait pensé que la presse ou le circuit commercial ferait la fine bouche devant un travail sur la langue kabyle, ou devant un recueil de nouvelles ou de chroniques en langue kabyle ?
J’aurais peut-être dû suivre le conseil qu’on m’a donné au HCA, le jour où je leur ai remis des exemplaires de « ma » grammaire : « Vous êtes contre tamaamrit ? Faites attention vous aurez des problèmes ».
Le HCA n’a pas été le seul à me prévenir des problèmes qui m’attendaient. Je n’entrerai pas dans les détails pour ne pas citer de noms.
Comme je suis têtu, et que surtout je savais que la langue kabyle est en danger et que je n’ai pas le droit de me décourager… je ne me suis pas découragé. Le livre ne peut pas arriver au lecteur ? On essaiera facebook. Puisque les Kabyles sont nombreux à le fréquenter. Et que la « noblesse » ne peut pas intervenir pour m’en interdire l’entrée.
Ce que je pensais. Car la « noblesse » je l’ai rencontrée sur facebook. Une noblesse insultante, irrespectueuse c’est le moins que j’en puisse dire. J’ai même dû changer de site pour la grammaire, à cause des signalements, le site étant devenu indésirable pour facebook. Toutes mes publications sur la grammaire ont été supprimées de facebook. J’ai bien sûr parlé de ça, mais sans jamais insulter.
Ah, ça me revient. J’ai insulté. Et quelles insultes ! Qu’on en juge :
– J’ai dit que tamaamrit n’est pas une grammaire
– J’ai dit que Mammeri n’est pas l’auteur de tamaamrit, que c’est un bricolage hérité des Pères blancs
– J’ai dit que le premier à dire que ce n’est pas une grammaire est justement Mammeri, qui doit s’y connaître
– J’ai dit qu’on n’enseigne pas le kabyle avec les règles de la langue française
– J’ai dit qu’un demi-siècle de tamaamrit est suffisant pour constater l’échec, qui est visible à l’oeil nu pour qui veut voir
– J’ai dit que si ça continue comme ça le prochain constat sera non pas l’échec mais la faillite
– J’ai dit que (première mondiale) les Kabyles ont inventé un nouveau produit : des docteurs en linguistique ne sachant pas la grammaire. Puisque la grammaire n’a pas encore été énoncée, vu que je suis le premier à le faire (prétentieux mais j’assume) 
J’arrête là…
Le problème (ou l’absence de problème) avec mes « insultes », c’est qu’il suffit à l’insulté de me prouver que je me trompe. J’obtempère illico.

Et j’ai surtout dit – suprême insulte – qu’un scientifique, quand il présente un travail, a droit à une réponse scientifique de la part de la communauté scientifique. On n’invalide pas 20 ans de recherche d’un revers de main. Il y a des façons de faire. Et comme la langue kabyle appartient à tous les Kabyles, j’en suis donc actionnaire de par ma naissance. J’ai donc le droit de n’être pas d’accord sur sa gestion, et j’ai le droit de tirer la sonnette d’alarme quand elle est mise en danger, ou quand elle est mal gérée, ou quand elle est l’objet d’un travail de sape par ceux qui sont censés (et payés) pour la promouvoir et la défendre. Ce qui est le cas à mon sens. Et j’ai le droit (oui !) de ne pas reconnaître les doctorats de ceux qui possèdent le diplôme sans connaître la grammaire, ce qu’un enfant de 6ème année est censé connaître s’il y avait un système d’enseignement digne de ce nom.
Mais, naïf que je suis, je n’ai pas pensé qu’après un demi-siècle de censure arabo-islamo-algérienne, ce seront des Kabyles qui m’enlèveront le droit de présenter un travail scientifique à la communauté scientifique. J’avais oublié que Bahbouh est passé par là…
Bref.
Voyons maintenant ce qui a déclenché « la chose » :
Contre toute attente, comme pour empêcher les choses de tourner en rond, voilà que
– la chaîne 2 kabyle consacre plusieurs émissions à des non-maamristes, dont Akerma
– une chaîne de télé (TQ5) vient casser la loi du silence en donnant la parole à Hacene Sahki, Hocine Cherad, les disciples de Behbouh. Et bien sûr à Kader Akerma.
L’omerta est cassée. L’inadmissible vient d’arriver : on « les » laisse parler !
Tout le problème est là.